Disintegration a 25 ans : retour sur le chef d’œuvre torturé de Robert Smith

Ce n’est pas parce que le prochain album de The Cure qui sera probablement une hydre à deux têtes (4 :14 Scream et 4 :26 Dream) est attendu pour cette année qu’il faut manquer de politesse et oublier de saluer le 25e anniversaire de Disintegration. L’album date en effet de mai 1989 et s’il a eu droit, comme les autres, à son édition de Luxe en 2010, c’est ce mois-ci qu’on fête son quart de siècle.

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Disintegration, c’est selon certains (et on en fait partie, même si on aime beaucoup son jumeau light Wish) le dernier grand album de The Cure (il y a 25 ans, tout de même), un album réchappé d’une sévère crise existentielle qui dévasta Robert Smith à l’approche de ses trente ans et faillit emporter le groupe à tout jamais. Pour beaucoup, Disintegration est l’album adolescent parfait, sombre, déprimé mais follement romantique aussi avec les apports de clavier de Roger O’Donnell, et la joyeuse respiration apportée par “LoveSong”, seule chanson véritablement positive de ce grand disque.

Ving-cinq ans après, on garde un souvenir ému de cet album qui devint dès sa sortie (on avait 14-15 ans) une sorte de référent émotionnel pour l’adolescent qu’on était. Smith était en crise et l’enregistrement fut un désastre où il reconnut plus tard qu’il n’avait quasiment pas adressé la parole à ses comparses de tout l’enregistrement. En pleine session, le chanteur leader congédia son vieil ami Lol Tolhurst en espérant lui sauver la vie, lui qui, au sein de Cure, s’enfonçait chaque jour plus avant dans son addiction aux spiritueux. Tolhurst, bourré, déclara que l’album était à moitié bon et à moitié aussi un album de The Cure, tant Smith est ici au four et au moulin. La tête sur la pochette indique que Smith est un homme seul. Le chanteur déprime. Il a 29 ans alors et est persuadé que si l’on n’a pas fait un album mémorable avant 30 ans (on dirait du Séguéla), on ne peut pas réussir sa vie de rockeur.

Du coup, il se met une pression redoutable sur les épaules et sombre dans la dépression. L’album qui en sort est un miracle d’équilibre entre une musique rêveuse, souvent gracile, d’une beauté et séduction déconcertantes, et des textes fabuleux, poétiques ou extralucides. On pense à “Disintegration” bien sûr, terrible chanson sur la vie ordinaire et la peine/l’ennui qu’elle procure, mais aussi au somptueux final en apesanteur morbide “Homesick” et “Untitled”. Smith trouve un peu de temps pour offrir “Lovesong” à son épouse Mary à laquelle il s’est uni peu avant. Pour le reste, ce désespoir permet paradoxalement à Cure d’envahir le mainstream et de porter au monde (sur les écrans de télé) une fausse jovialité menaçante et ambiguë avec, entre autres, le succès planétaire de “Lullaby”. Disintegration est noir comme le charbon et léger comme l’air, c’est ce qui fait son charme. Le temps et l’usure en sont deux thèmes majeurs qui viennent semer la confusion et la peine (mais aussi atténuer les blessures) de Smith, avec une emphase toute shakespearienne. Etre ou n’être plus. Etre encore. That is the question, répond le fantôme. Il faut pousser le son à fond pour entendre enfin parler l’araignée de “Lullaby”. Rien que pour ça (cette araignée tapie et qui murmure au creux de l’oreille), on voudrait revenir 25 ans en arrière et tout recommencer.

Au final, Disintegration est bien un disque essentiel qu’on réécoute toujours avec autant de plaisir, de son ouverture pluvieuse et dégoulinante, jusqu’aux joyaux des faces B que sont “Fear of Ghosts” ou “2late”. C’est bien entendu dans les périodes les plus noires qu’on fait les meilleures soupes. Disintegration est un album d’une cohérence sonore absolue. Un miracle où l’intention et le son convergent dans un même dessein et que le groupe ne retrouvera plus jamais à ce degré d’aboutissement par la suite.

© Benjamin Berton

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