Un nouvel album de The Cure était annoncé en juin 2006. Les fans attendent toujours. Aucune inquiétude cependant, ce genre de retard est une marque de fabrique chez Robert Smith. Autre travers connu : c’est un passionné de foot.
Qui aurait pensé qu’en 2007, on parlerait toujours de The Cure ? A l’époque où des morceaux comme “Close to Me” ou “Just Like Heaven” enchantaient les postes de radio, on n’ignorait pas que le groupe de Crawley avait déjà une longue et riche histoire derrière lui. Mais il était difficile d’imaginer son avenir. Pouvait-il sortir indemne du succès disproportionné qu’il rencontrait, notamment en France ? Serait-il capable de cultiver sa fraîcheur au delà de l’an 2000 ?
Aujourd’hui, vingt ans après la sortie de “Kiss Me Kiss me Kiss Me“, le double album qui marqua la plus haute période de popularité jamais atteinte par le groupe, The Cure existe encore. Le groupe dont les premiers albums étaient gravés sur vinyl fait encore l’actualité musicale à l’heure des mp3 sur iPod. En fin stratège (étiquette qu’il refuse pourtant d’assumer), Robert Smith a su laisser retomber le soufflé du succès pour préserver l’intégrité de son oeuvre. Depuis “Disintegration” en 1989, LP dont le titre laissait présager la fin du groupe, The Cure ne sort plus ses albums que lors des années bissextiles. Après “Wish” (1992), “Wild Mood Swing” (1996), “Bloodflowers” (2000) et “The Cure” (2004), Robert Smith avait songé à briser ce rythme olympique, en sortant un album courant 2006. Finalement, retard aidant, le treizième album studio du groupe (hors live et compilations diverses) ne verra le jour qu’en 2007… si tout va bien.
Les vrais fans, de toutes façons, se doutaient bien que l’album ne sortirait pas en juin 2006 comme annoncé ça et là. En pleine Coupe du Monde ? Quelle idée… Robert Smith, comme tout anglais qui se respecte, est un amateur de foot. Un vrai. Pas seulement une diva qui s’affiche avec le maillot de son club favori lorsque la mode s’y prête, mais bien un acharné, un accro, un addict, capable de différer le début d’un concert pour cause de prolongations, de bâcler un set suite à une défaite contrariante, de demander l’annulation d’une tournée suite à la qualification inattendue de son équipe. On l’a même vu parfois, rare concession démagogique, retirer en concert son costume sombre pour revêtir le maillot de l’équipe locale.
Inutile de rechercher dans le répertoire de The Cure trace d’une éventuelle influence du beautiful game. Les textes de Robert Smith, c’est bien connu, sont d’une manière générale assez nombrilistes, l’auteur employant largement le “je” plutôt que le “jeu”. Lorsqu’il évoque le foot, c’est surtout dans les interviewes. Smith n’a jamais refusé de donner son avis sur le sujet. A la question bateau “Que souhaitez vous pour l’année 1992 ?” posée par un numéro de fin d’année du Melody Maker, le leader de The Cure répondit de manière toute aussi banale : “Une fin à toutes les guerres, famines et autres maladies, une harmonie raciale, religieuse, politique et sexuelle, la paix et l’amour…“. Puis il ajouta : “l’Angleterre gagnant le championnat d’Europe et QPR gagnant la Cup“.
QPR, les trois lettres sont lâchées. On tient là le nom de son club favori, Queen’s Park Rangers : “J’aimerais dire que c’est une grande équipe mais c’est plutôt une équipe imprévisible. Je les supporte très naïvement et loyalement car je l’ai toujours fait. J’allais voir jouer Rodney Marsh et Stan Bowles. Quelle paire ! Ils avaient pas mal de bons joueurs mais pour d’obscures raisons, ils s’en sont débarassés. C’est très frustrant de supporter QPR. Tu connais enfin le nom des joueurs et la semaine suivante, ils sont tous différents. Très spécial.” (Melody Maker, 29-04-1989). On dirait du Nick Hornby, non ? Dans une autre interview de 1989, Smith dévoile l’idée qu’il se fait de son club préféré. Lorsque le manager de l’époque, Trevor Francis, se fait remarquer en engueulant un joueur parce que celui-ci déclara forfait pour cause d’heureux évènement, Smith répond :”Francis a eu parfaitement raison. Comment penser qu’avoir un bébé est plus important que jouer pour QPR ? C’est outrageant !“. On ose espérer un deuxième degré dans ces propos…
The Cure aurait donc pu sortir un hymne à la gloire de Stan Bowles, mais d’autres (The Others) s’en sont récemment chargés à sa place, avec une belle réussite soit dit en passant. The Cure aurait pu composer un “World Cup Theme” pour l’équipe aux Trois Lions, mais il préfère rire de New Order, son rival déclaré. A défaut de l’inspirer musicalement, l’équipe d’Angleterre est un sujet qui préoccupe Smith. A l’époque où le vieux Paul Mariner voyait éclore le talent du jeune Mark Hateley à la pointe de l’attaque (ça ne nous rajeunit pas…), Smith se faisait sélectionneur : “Je préfère Hateley, de loin ! Mariner n’a plus d’influence sur le jeu. En vérité, je n’ai jamais aimé Mariner, il a une coupe de cheveux terrible. Et puis je trouve que Hateley est comme le Malcolm McLaren du foot : un but et il devient milliardaire” (Melody Maker, 29-04-1989). Pour l’analyse technico-tactique, on repassera…
En France, l’attirance de Smith pour le foot a longtemps été occultée. Ce n’est qu’en 1990, à l’occasion de la sortie de “Mixed Up“, très dispensable compilation de remixes du groupe, qu’un journaliste français consentit à sacrifier de larges colonnes pour la passion de Smith pour le ballon rond. Gloire donc doit être rendue à Youri Lenquette, pour son travail réalisé pour feu le magazine Best, ex-rival de Rock’n’Folk. On y apprend donc, en français dans le texte, que Smith s’intéresse depuis toujours au ballon rond : “J’ai commencé à aller voir des matches avec mon père à l’âge de sept ans. Il en a été ainsi jusqu’à mes quinze ans environ. Je n’y vais plus très souvent aujourd’hui. De temps en temps lorsque l’Angleterre joue“. Il avoue en outre être un médiocre footeux, mais toutefois persévérant : “On essaye d’avoir toujours un ballon avec nous. Quand nous sommes en studio, on essaye de jouer avant le dîner. A un moment on avait fait une équipe Cure. On jouait contre les équipes de techniciens locaux, ou de journalistes… On a arrêté parce que nous n’étions vraiment pas bons“. N’est pas Bob Marley qui veut…
Smith aprécie toutefois le foot justement parce qu’il ne nécessite pas obligatoirement une grande maîtrise : “Ce que j’aime dans le football, c’est l’aisance avec laquelle on peut le pratiquer. Un ballon, un bout de terrain plat et tu peux jouer. J’apprécie aussi le fait que tu n’as pas nécessairement besoin d’être bon pour commencer à t’amuser. C’est à la fois un jeu d’équipe et un jeu individuel, un jeu où l’essentiel est de s’amuser, pas forcément de gagner. C’est valable même lorsqu’on est supporter. L’équipe dont je suis fan en Angleterre, celle que supportait déjà mon père et mon grand frère, ne gagne quasiment jamais. Peu importe, j’y vais pour le plaisir convivial, l’impression de perpétuer une tradition de sortie familiale.”
Justement, le plaisir du jeu n’est-il pas en train de se diluer dans le foot-business d’alors ? “Le football, comme la musique, a une fabuleuse faculté à surmonter les obstacles et se régénérer précisément parce que subsiste cette notion de plaisir. Peu importe ce qui déconne dans le business, il y aura toujours des gens qui auront envie de prendre des instruments ou un ballon et jouer pour le simple plaisir de le faire“. Plus tard, en 1993, Smith donnera son sentiment sur un club à la mode, l’Olympique de Marseille : “Pour un Anglais, le sud de la France c’est le bout du monde, c’est très méditerranéen, très latin. Surtout Marseille. Mais il y a une excellente équipe de foot. Ils sont si bons qu’on se demande pourquoi ils ont dû arranger des matches…“. Vous avez dit matches arrangés ? “Je ne pense pas que la corruption puisse toucher l’Angleterre. C’est une mentalité différente entre les coaches et les équipes“. Une naïveté touchante, digne d’un rédacteur de kicknrush.com, non ? Pour en revenir à l’OM 1993 : “Marseille et Milan qui arrivent en finale, c’est le choc des super-egos de deux managers, c’est presque de l’idéologie nazie : “C’est moi qui ait réalisé cette énorme réussite ! Moi ! Avec ma volonté, mon super-ego !”. Si Tapie a des ambitions politiques, je crains le pire…“. Treize ans plus tard, si on parlait de Abramovitch, Glazer and Co ?
Retour à l’interview de 1990, où l’actualité du foot est alors marquée par le hooliganisme : “Je trouve que les Anglais sont traités différemment des autres peuples en Europe. Nous sommes plus détestés. II faut reconnaître qu’il n’y a rien de pire que des Anglais en groupe pour ce qui est de faire du bruit et se tenir mal (…). Ajoute à ça l’attitude de la presse anglaise qui joue un double jeu vis-à-vis de ça. D’un côté ils condamnent, mais de l’autre tu sens poindre comme une espèce de satisfaction nationale-virile : “Oui, nous sommes la nation la plus dure du monde”… Résultat, les autres pays commencent à faire pareil. Si ça continue on va offrir une coupe au pays dont le plus grand nombre de ressortissants aura été expulsé pour mauvaise conduite (…) Le problème avec le foot c’est la manière dont les gens sont traités, comme des animaux parqués dans les stades en Angleterre. A force, certains finissent pas se comporter comme tels. Cet élément d’agression n’existe pas dans la musique, quoique certains de ces gros festivals ne sont pas si loin de ce qui se passe dans les matches de foot“. Smith fait sans doute allusion ici à un concert très chaud que The Cure donna en Argentine courant 1987. Un stade surchauffé, une ambiance surréaliste marquée par de nombreux incidents dans les tribunes.
On le voit, Smith aime comparer le foot et la musique : “J’avais des amis dans les deux camps. Je jouais dans l’équipe de football l’après-midi. Et le soir j’allais voir des groupes au pub. Quand j’ai arrêté l’école j’ai arrêté de jouer au foot, et donc de fréquenter des sportifs. Mes meilleurs amis étaient plutôt du côté des musiciens, du côté de ceux qui déliraient, mais je tenais absolument à ne pas être contraint à faire un choix entre les uns ou les autres. Ce n’est pas évident dans la mesure où l’on ressent assez violemment la pression de ses pairs quand on est adolescent. Pour ceux qui jouaient au foot, j’étais un peu le bizarro“.
On l’aura compris, Smith est intarrissable en matière de ballon rond. On pourrait encore citer ce qu’il pense de tel joueur ou tel entraîneur, lui demander ses pronos pour la prochaine journée, le faire participer au kick’n’bet… Il y a un an ou deux, Thierry Ardisson avait eu la bonne idée de réunir sur le même plateau, au milieu d’autres invités, notre ami Smith et Eric Cantona. Les deux hommes se rencontraient pour la première fois, et semblaient sur la même longueur d’ondes. Il ne fut malheureusement, dans leur discussion, jamais question de foot.
13 février 2007
© Richard N.
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