Attrape-coeurs : Robert Smith

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Quel était le premier disque dans ta collection ?

Ça étonne toujours les gens quand je dis ça, mais je jure que c’est vrai : je me suis mis à écouter du rock à l’âge de 6 ans. Evidemment, à l’époque, les deux groupes incontournables étaient les Beatles et les Stones et j’ai plongé là-dedans la tête la première. Mon frère et ma soeur aînés possédaient tous leurs disques, et plutôt que d’écouter des chansonnettes pour enfants, j’écoutais du rock. Mon frère était également fou de Captain Beefheart, de Cream, de Jimi Hendrix, si bien qu’à 7 ou 8 ans, au grand désespoir de mes parents, j’étais devenu une espèce de petit démon nourri au rock psychédélique (rires)… Très vite, je me suis mis à acheter des disques avec mon argent de poche ­ le tout premier était Ziggy Stardust de Bowie. Quant à mon premier concert, c’était Hendrix sur l’île de Wight ­ j’avais 10 ans. Je connaissais ses textes par coeur, je les chantais dans mon lit le soir, sans choper un traître mot de ce qu’ils signifiaient.

A 9 ou 10 ans, que sait-on exactement du rock ?

Pas grand-chose. Personnellement, j’étais juste excité par le volume sonore, l’électricité. J’avais une approche très physique de la musique : j’aimais les mélodies, le son de la batterie, le vacarme des guitares. A cet âge-là, on est incapable d’avoir une vision intellectuelle ou sentimentale des choses du rock. A 6 ans, je ne savais même pas où se trouvaient les Etats-Unis, comment aurais-je pu avoir une approche réfléchie des disques de Captain Beefheart ? Pour moi, les gens comme Hendrix étaient des Martiens. Ils ne vivaient pas comme nous, ne parlaient pas comme nous, ne mangeaient pas comme nous. Il ne fallait pas trop essayer de comprendre, ne pas trop s’approcher du mystère, sinon, on risquait d’avoir de sérieux ennuis (rires)…

Avais-tu d’autres passions ?

J’étais déjà complètement malade de foot, et d’ailleurs, ces deux passions formaient pour moi un tout indissociable. George Best, John Lennon, Mick Jagger étaient aussi sublimes et mystérieux à mes yeux. Ces gens-là n’étaient pas comme nous : de véritables surhommes. Ce qui est d’ailleurs fabuleux, c’est que la culture populaire de la fin des années 60 s’articulait autour de gens de cette trempe-là : c’est une époque qui avait une classe folle. Dommage que cette dimension de mystère ait disparu aujourd’hui.

Quand as-tu commencé à entrevoir le monde du rock sur un mode plus réaliste ?

Vers 13 ou 14 ans, j’ai commencé à jouer et à m’instruire frénétiquement, mais ça n’a pas tué ce rapport innocent, totalement immature, entre mes disques et moi. Je suis longtemps resté très naïf, très rêveur ­ refusant par exemple d’admettre que les musiciens que j’aimais étaient payés pour enregistrer et donner des concerts. Aujourd’hui, mes neveux et nièces ­ qui commencent à s’intéresser de plus en plus au rock ­ refusent de me voir comme un adulte ou un professionnel : pour eux, je suis un grand gamin qui fait de la musique pour s’amuser. Pour eux, le rock n’est pas un métier. Exactement le genre de perception que j’avais à 14 ou 15 ans… L’autre jour, j’ai emmené une vingtaine d’enfants ­ tous mes neveux, toutes mes nièces ­ à Eurodisney. J’ai passé deux journées fantastiques où je suis retombé en enfance tout en m’occupant de l’administration de notre voyage : j’ai acheté les tickets, les sandwichs, les boissons, j’ai payé l’hôtel, le train. Et puis à la fin du séjour, je me suis rendu compte que les gamins n’avaient absolument pas réalisé que nous avions passé deux jours dans un cadre commercial, complètement commandé par le marketing, la publicité. Ils ont visité Eurodisney de la même manière que j’écoutais les Stones à 10 ans : sans s’intéresser au décor, aux coulisses.

A 15 ans, ta passion pour le rock était-elle facile à partager ?

Avec ma famille, certainement. Mon père et ma mère, qui jouaient tous les deux d’un instrument, nous encourageaient à parler des disques qu’on aimait ­ je me souviens de discussions hallucinantes au sujet de Slade et Gary Glitter. En retour, mes parents nous prêtaient des trucs à eux. Ma mère me faisait écouter beaucoup de musique classique pour me permettre d’avoir une vision plus large des choses envisageables musicalement. A l’école, je me suis trouvé quelques copains qui avaient les mêmes goûts que moi. Comme mon père fabriquait de la bière dans son garage, on lui piquait cinq ou six bouteilles par semaine, puis on allait les revendre à des vieux du quartier et avec l’argent, on s’achetait des disques. J’ai dû acheter une bonne centaine d’albums de cette façon, largement de quoi nourrir ma passion. Pour moi, les années 70 n’étaient pas du tout la période affreuse qu’on dépeint aujourd’hui. J’ai passé des moments merveilleux grâce à des tas de disques de cette époque.

Quelle place occupent les livres dans ta vie ?

J’ai toujours eu l’habitude de lire énormément. Chez mes parents, nous n’avions pas la télévision : le seul moyen de se divertir, c’était donc les disques et la lecture ­ que je n’ai personnellement jamais vue comme un acte imposé mais toujours comme un plaisir. Notre maison était remplie de livres. J’ai lu tous les auteurs classiques anglais, beaucoup d’américains également. Parfois, j’essayais d’écrire des petits trucs, des nouvelles. L’autre jour, en rangeant mon grenier, je suis tombé sur des petits carnets de notes où j’avais écrit des tas de poèmes sur le foot, sur les guitares, sur le rock.

Et le cinéma ?

Ça ne m’a jamais passionné ­ hormis 2001, l’odyssée de l’espace, que j’ai vu des dizaines de fois. Je suis encore aujourd’hui un lecteur insatiable et je continue d’écouter la majorité de ce qui sort en rock, en techno, et je suis assez fan de jungle, alors tout ça ne laisse pas beaucoup de temps pour les films. La première fois que j’ai touché de l’argent avec The Cure ­ c’était en 80, un an après Three imaginary boys ­, je me suis acheté un magnétoscope et j’ai tenté de rattraper mon retard en m’inscrivant dans un vidéo-club. Jusqu’à ce jour, c’est resté mon principal mode de consommation des films : je les vois chez moi, à mon rythme, généralement vingt bonnes années après leur sortie en salles.

22 octobre 1997

© Emmanuel Tellier

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